Reconnaissance terrain au Brésil
PAR NICOLAS BLANQUET EN 2005
Ci-dessous un texte écrit pendant ma première reconnaissance au Brésil à l’intention de mes associés, voyage de plusieurs mois dans ce pays affublé de clichés et parsemé de surprises. J’ai donc supprimé les passages plus professionnels. J’espère qu’il vous donnera envie d’y faire un tour, tendance hors sentiers battus…
PREMIER EMAIL
Depuis Rio Branco, Amazonie, département de l’Acre, « Brasil », frontière ouest du brésil /Pérou-Bolivie-Brésil
Bonjour à tous,
première grosse journée brésilienne...
Départ de Cuzco, le nombril inca, avec l´ami Pierrot hier tôt le matin...
Cuzco ? Quelques jours à discuter avec toute notre joyeuse équipe de l´avenir, faire la fête, bien manger aussi. Bref beaucoup d’excès pour fêter dignement plusieurs événements :
parmi ces derniers, mon départ (enfin !) pour le Brésil, via la frontière
amazonienne, tout là-bas, à l’est de l’Amazonie péruvienne...
Évidemment, le réveil, ou une oreille, n’a pas fonctionné et nous avons raté l’avion à Cuzco, donc petit retard pour Puerto Maldonado, ville péruvienne d’Amazonie, que nous rejoindrons avec le
vol suivant, quelques heures plus tard.
Arrivée à Puerto Maldonado, bled tropical : départ immédiat en taxi brousse par la piste pour la frontière brésilienne.
Pour égayer le trajet, une crevaison, d’ailleurs prévisible vu l´état désastreux de la piste et de la courageuse Toyota, changement de véhicule à Iberia, ambiance tropicale dans la poussière, frontière du bout du monde gardée par un douanier en habit de footballeur
qui récupérera au passage 20 $ à l’ami pierrot au look de touriste japonais.
Passage du “no-mans-land” à gué sur une étroite rivière sur un bateau conduit par un gamin. Drôle de frontière gruyère ou l’on se demande Qui fait quoi et Qui vit ou.
Rien de formel dans ce coin. En tous les cas, 20 mètres plus loin, les godasses trempés, nous sommes au Brésil.
Premier contact avec les brésiliens de l’autre coté de la rivière.
D’emblée, hasard heureux bien sur, notre arrivée sur le sol brésilien est salué par des feux d’artifice. Pierre m’offre comme porte chance pour la suite la première pièce de monnaie locale. Elle restera au fond du tiroir de la tout juste née Terra Brazil.
Un chauffeur brésilien bien « alegre » nous accoste, … départ immédiat pour la grosse ville de Rio Branco, encore 5 heures de route parsemées de contrôles policiers très sérieux (mains sur la tête, jambes écartées, fouille fusils pointés sur nos corps inoffensifs). Nous voyageons avec un musicien péruvien. Nous subirons ainsi, de nuit, successivement, 3 contrôles extrêmement tendus. Il ne faut surtout pas jouer aux cow-boys. La police fédérale, cavalerie armée, cherche les indiens.
Mon premier contact avec le Brésil est donc on ne peut plus ambigu. Chaque contrôle est tendu, nerveux, plus proche du film brésilien « la cité de Dieu » que d’une visite touristique. Et pourtant, à chaque fois, l’officier, après avoir rangé son arme, me sert la main et me souhaite, souriant, « Bemvindo no Brasil ». Premier contraste donc.
Cette région du Brésil, zone frontière de non droit avec la Bolivie et le Pérou est sujette à de nombreux trafics et en particulier celui de la cocaïne. Dans ces parages, la vie vaut moins chère qu’ailleurs…
Nous n’arriverons que très tard à Rio Branco ou nous nous endormons dans le premier hôtel près de la station de bus. Avant de rejoindre Manaus, la capitale de cette forteresse verte qu’est l’Amazonie.
La grande aventure brésilienne est lancée. J’ai définitivement laissé les Andes derrière moi, pour m’enfoncer dans un pays qui à l’image d’un continent.
(Quelques jours plus tard… Santarem)
Fermez les yeux un instant, et Imaginez le Brésil, ses odeurs tropicales, ses rythmes saccades, ses couleurs métissées, ses accents. Et sa musique. Sa fantastique musique.
Vous y êtes ?
Et bien le Brésil, c´est encore mieux que cela.
J’exagère ? Même pas...
Apres une semaine seulement au Brésil, je suis complètement séduit.
Ici, on s’imagine défaire son sac mais ne jamais le refaire.
Destination finale, “ultima estacion” peut-être, ai je trouve mon chez moi ? Je ne vois pas comment je pourrais repartir d’ici...
Cela fait bien longtemps que je n’avais pas ressenti ses émotions rares du voyageur, noyé dans un flot de nouveautés. Je me sens étranger, spectateur plus qu’acteur d´une vie qui m’est inconnue et qui s’étale devant moi.
Aujourd’hui j’ai vingt ans pour la deuxième fois et c’est bon d’avoir 20 ans. L’avenir est fait de promesses, de rencontres, d’aventures. Le reste, je m’en fous. Le voyage est un acte égoïste, mais qu’est-ce que c’est bon !
Cela faisait bien longtemps.
La langue inconnue n’est pas la seule raison de ce sentiment, il y à aussi les saveurs, l’allure de la population, leurs réactions, l’environnement, résolument tropical, ou plutôt “tropicAOUUU”, comme ils disent.
« Brasiilll, um pais tropical », certains connaissent sans doute le refrain…
Peu à peu, je perds ma méfiance légitime dans ce nouveau monde. Dans mon avion qui me mène de Manaus à Santarem, je sais que je tourne l’une des pages de mon livre brésilien. Ou de mon rêve brésilien. La suite sera-t— elle à la hauteur de cette première semaine ? La barre à été placée très haut dorénavant, tant les gens dans cette partie de l’Amazonie sont d’une gentillesse extraordinaire. Les gens respirent la joie de vivre, l’insouciance et semblent avides de contacts.
Ma première page brésilienne s’est achevée il y à deux jours, au départ de l’ami Pierrot. Qu’est ce qu’on à eu raison de partir ensemble !!
Combien de fois on se l’ait dit ! 3 fois par jour depuis ce départ de Cuzco, nombril d’un autre monde ?
Ici, oui, c’est un autre monde, définitivement.
C’eut été dommage de ne pas partager ces moments là. Rien d’exceptionnel à vrai dire, juste de fortes émotions en continue de part le caractère particulier de ces premiers jours. Première rencontre avec le Brésil, avec la réalité de ce projet un peu fou, ou plutôt carrément flou : Terra Brazil ! avec un « z », ça sait plus fête, non ?
Premières rencontres, premières aventures, premières impressions. Je suis maintenant bien ancrée dans mon job, je ne revivrais plus jamais cette première semaine.
Et j’y suis pour de bon. Des cours de portugais me feraient le plus grand bien mais bon, je me débrouille et un peu plus chaque jour. à petit pas, comme un enfant apprend à parler. Après, ça devrait s’accélérer non ?
Mes débuts en conversation brésilienne sont cocasses. J’avais au préalable rassuré mon associé Pierrot en lui disant : « t’inquiète, j’ai lu quelques leçons d’Assimil et tu sais, le brésilien est très proche de l’espagnol ». Une heure chrono plus tard, mon interlocuteur me répliqua, après que je lui eut asséné mes premières tirades brésiliennes : « O sinto, nao falou ingles » (désolé, je ne parle pas anglais).
Mon plan s’affine : Être capable rapidement de monter des voyages de base sur l’ensemble du Brésil, ce qui veut dire trouver de bons contacts, des hôtels (et les négocier), des transports, des agences locales, des guides tout en voyant de mes propres yeux le terrain, imaginer de bons parcours, du contenu, de la thématique. Et avoir à ma disposition plusieurs options : une logistique d’expérience et coûteuse (un bon opérateur local) mais aussi les contacts les plus directs (transports, guides, hôtels) pour être capable d’envisager des opérations sans intermédiaire, plus risquées mais plus compétitives au niveau prix. Dans ce cas, l’affaire peut se lancer bien plus vite. Les meilleurs itinéraires au meilleur prix, c’est possible ? ce sera notre créneau pardi.
Ca pour internet et les demandes en direct.
Puis plus tard, mais rapidement, monter de vraies randonnées au Brésil, là ou personne ne nous attend. S’engouffrer dans cette niche et inventer la grande randonnée au Brésil. Personne ne fait cela et pourtant, quel fabuleux terrain d’aventures. Du moins, on verra car il semble bien que les brésiliens ne m’aient pas attendu pour crapahuter dans leurs montagnes avec tente et tout le tralala. Affaire à suivre...
En même temps, je prends la mesure du pays : immense, trop grand, trop varié, des centaines de milliers de choses à faire. Je panique un peu. Mais bon, avec optimisme, j’espère poursuivre l’expérience de Manaus : au départ, on est perdu, on frappe à toutes les portes, on ne sait pas vraiment qui fait quoi et ce qui est à faire puis peu à peu, la brume se disperse et on y voit plus clair. Je quitte Manaus avec l’impression d’avoir “boucler” l’endroit. Je pense connaître le meilleur circuit de deux jours, le meilleur de 3 jours (pour plus, on repassera dans deux ans ?), avoir trouve des interlocuteurs de choix, et négocié les meilleurs hôtels tout en trouvant les contacts qui me permettront de peaufiner le boulot plus tard, par internet. Et d’avoir senti la ville. Je peux en parler.
Mon temps est compté, malgré la longueur du projet. David Bruno de l’agence Nomade arrive dans deux jours et je dois préparer l’itinéraire que je lui ai proposé, un peu précipitamment peut-être. Il me faut évaluer au mieux la zone de Santarem (l’autre capitale de l’Amazonie) et préparer notre départ en bateau de vendredi et la suite, et commencer á prendre des contacts pour Belem etc... Envoyer des emails une semaine avant d’arriver à un endroit semble une bonne technique.
Enfin, pas vraiment le temps de chômer.
J’espère ne pas me louper avec lui, c’est important. J’ai été confiant, trop peut-être ? on verra...
Mon portugais n’est pas crédible, et l’itinéraire à venir dans les brochures Nomade-aventure, m’est tout simplement inconnu. Enfin on verra. J’irais à l’essentiel, à 200 à l’heure et tout s’arrangera. Brésil, je compte sur toi…
Santarem : 19/05
J’ai encore rencontré un sacré loulou cet après-midi, comme à Manaus...
Manaus, parlons en…
Manaus (1 Million d’habitant) est une ville comme les autres mais elle se trouve au milieu de l’Amazonie ce qui lui confère une atmosphère particulière.
Son histoire est passionnante et étroitement liée au boom du caoutchouc à la fin du 19eme siècle. Ville immensément riche qui voyait ses barons faire laver leur linge à ... Paris ! Encore plus fou qu’à Potosi ! Le théâtre Opéra est le symbole de cette démesure. Le plus beau lieu de culture du Brésil, au cœur de l’Amazonie. Ça ressemble à un très beau théâtre parisien. Le centre est colonial, grandes fenêtres vitrées qui garnissent de hauts bâtiments colorés : bleu, rose et vert.
De nombreux parcs verts et une très longue plage superbe de sable, simplement en bordure de l’Amazone, large d’une dizaine de km. On se croit vraiment à la mer. Des cocotiers bordent les plages, la chaleur est humide, le paysage tropical. Mais l’eau est douce !
Quelques souvenirs en vrac... (je développerais tard, c histoire de ne pas oublier) :
Wilson Castro, qui est venu nous chercher à l‘aéroport, petit caboclo (mélange d’indien et de blanc) à une allure irrésistible, grande gueule, petit, look de mafieux mais sympathique ; pour cause, il à laissé récemment la cocaïne de coté (en ayant perdu au passage la plupart de ses dents) ... du moins, sympathique mais franchement fatiguant. C’est que les emails envoyés au préalable à Manaus ont eu leur effet... On aurait cru que la ville entière nous attendait. Au bout de deux jours, on évitait soigneusement la rua 10 de julho, par peur de nous faire accoster une fois de plus par les concurrents de Wilson. Grosso modo tous des loulous. On n’a pas vu Gerry, le collègue de Wilson. Gerry, c’est le gars du terrain tandis que Wilson c’est l’ « officeman ». Ca promet comme bordel.
Il a voulu m’impressionner en m’invitant dans son bureau, propre, rangé, même pas un stylo qui traînait. Seul détail d’importance : son ordinateur n’était même pas branché… révélateur les détails non ?
Enfin Wilson, t’es le premier loulou brésilien. “What do you fuck change of hôtel ?” (fallait voir ce trou à rat ou il nous avait fait inviter – certes gratos, on y a passé deux nuits… mais pas trois…), “Do we treat you bad ?”
Avec au début de chaque phrase (c’est le seul qui parle en général) : “ Let me tell you what...” et à la fin “ You know what I mean ahaha ?”
Enfin, en tous les cas, on est crédible, ils nous ont pris pour les patrons du Club Med...
Sinon, en vrac, les impressions qui restent :
De bonnes rencontres à un rythme d’enfer, la chaleur moite du port, la rencontre des eaux au large sur ce fleuve immense, les dauphins, et puis cette grande, immense soirée d’Adieu avec Pierrot et notre première vraie soirée brésilienne, à rentrer au petit matin en se disant « C’est déjà l´heure d’y aller ? ». Genre ‘Bon on se reprend une caipirihna et si il ne se passe rien, on rentre”. Finalement rentrés au petit jour. Une soirée qui commence par une ballade paisible sans savoir ou l’on va, à déambuler dans les rues, à se retrouver dans un bar populaire ouvert sur la rue avec une ambiance incroyable, toutes générations confondues à danser sur un rythme de forrò. Oui, la samba c’est pour le carnaval, le reste du temps, au Brésil, les gens dansent le forrò. Puis à déambuler dans d’autres rues, á tomber sur une place gigantesque ou des milliers de gens, j’ai bien dit des milliers, dansaient sur le rythme des tambours. Envoûtant. On s’arrête pour regarder, électrisés, puis on devient acteur, on enchaîne les caipirinhas. Pas de bagarre, ni d’agressivité, juste des milliers de gens qui dansent au rythme des orchestres, qui semblent complètement improvisés.
Et on se retrouve dans un bar ou l´on ne comprend pas comment font les gens pour s’amuser autant. Gracieuse insouciance, ce don du ciel tombé sur ce pays. Chaleur moite, musique envoûtante, visages souriants, mais quand finira donc cette nuit de folie ? comme disent les brésiliens, il y à la vie qu’on a, et la vie qu’on rêve. Les brésiliens rêvent du vendredi soir au dimanche matin. Sans interruption. Il faut s’amuser, il faut danser, il faut rire, car bientôt, c’est la vie qu’on a qui reviendra sans frapper. « Allez, une dernière caipirinha, je veux rien louper ».
Aaaah, cet épisode avec les musiciens le lendemain du départ de Pierrot. Des gars se rejoignent au café d’en face, là ou on prend cette potion de poudre de guarana avec des amandes (délice vitaminé) chez la dame au large sourire qui nous met Adamo et Dalida pour nous faire plaisir (entre un album de joao gil et de gal costa), et la troupe s’agrandit et ça jour de la musique en live, dans une minuscule rue, juste pour le plaisir et c’est génial. De la grande musique. Un concert improvisé. Je leur ai offert une bière. Je les avais pour moi tout seul ! erreur, ici, la fête, c’est dans la rue, pour tout le monde.
Et le Brésil c’est comme on imagine : ils écoutent la musique qu’on croit, ils jouent au foot partout ainsi bien qu’on le pense, ils vivent dehors, ils s’amusent en permanence. Et Manaus, ca ressemble à une grande fête. Et je n’ai pas vu Rio ni Salvador. Je viens de débarquer.
Et cette image tenace de ce bar, le soir de sortie avec pierrot : dans un rade tout bidon, un petit groupe de rien du tout jouait et des dizaines de gens s’amusaient autour. Ambiance incroyable, on n’y croit pas. Tout semble simple, harmonieux, les gens sont heureux et nous aussi, comme des spectateurs d’un opéra de la vie. Allez à plus.
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SANTAREM
Quelques jours plus tôt, nous quittions Santarem.
Santarem est « petite » ville de 200000 âmes. Elle fait plus l’effet d’une grosse bourgade au bord de l’Amazone. Le dernier recensement à du comptabiliser tous les habitants de la région…
Rien à voir avec la grosse Manaus. Et ça m’intéresse. L’idée est de vendre à l’agence Nomade un circuit débutant à Santarem, le trajet serait plus court…
Comme à Manaus, je fais rapidement le tour des agents du tourisme.
Des mon arrivée (le 19/05 à 7h00), la chauffeuse du taxi me propose un contact : un guide du coin, un certain Gil. Tant mieux, car mes premiers rendez vous du matin ne donneront rien (absents ou pas terribles). Gil est grave à fond. Arrivée à bord de son bolide devant l´hôtel, arrêt net, ouverture de la porte passager, musique à fond, je m’introduis dans son véhicule :
« hi, bro (ther), how are you ? let´s go windsurf… what is your name ?”
en 5 minutes d’entretien, je me dis que je perds mon temps, à siroter une noix de coco au bord du fleuve, les enceintes de sa « samba-mobile » à fond la caisse. Un bon loulou ce Gil, il a pris un rail ou deux, c’est sur, avant de venir me chercher…
Je vois d’autres personnes au cours de cette journée dont un américain sympa qui me donne un très bon contact, Pepa, une brésilienne, disons plutôt très jolie, qui parle français.
Le soir, la chauffeuse de taxi du matin me sort pour me faire découvrir la ville.
Le lendemain (19 mai), je rencontre Pepa que j’invite à déjeuner. C’est le contact que je cherchais : elle mène son agence avec un suisse, Jean Pierre Schwarz, un spécialiste de la forêt. L’après-midi même, elle m’emmène à Alter do Chao, la plus belle plage d’Amazonie. Site incroyable. A cet endroit, le bord du fleuve relie une île via une langue de sable fin d’environ 2 km de long et 30 mètres de large. Je me baigne, l’eau est douce, à température idéale. C’est superbe. Je suis satisfait, tout est prêt pour l’arrivée de David Bruno (agence Nomade), le lendemain. Il vient pour une reconnaissance de circuit dans le nord du Brésil. Je l’ai convaincu de changer ses plans, nous lancerons ensemble un circuit depuis l’Amazonie.
21/05 :
Des l’arrivée de David à 7h, nous rentrons dans le vif du sujet :
Première croisière privée à bord d’un chouette bateau (offert par une agence qui souhaite bosser avec nous) vers les igapores du coin (petit bras de forêt inondée). Un guide qui parle français nous rejoint. J’obtiens grâce à lui nombres d´infos, j’ai les coûts en direct de toute la logistique etc… en une heure, on voit les superbes alentours, peuplés de buffles, d’oiseaux, de maisons sur pilotis des pêcheurs locaux, de singes, de paresseux, dans cet environnement particulier qu’est la foret inondée (une partie de l’année seulement) et j’ai maintenant une bonne idée des possibilités de circuits tout en ayant une idée précise des coûts (location bateau, guides, cuisinier, etc…). Vers Santarem, ce sera du travail en direct…
En fin de matinée (David vient de débarquer…), nous rejoignons Jean Pierre pour une excursion en forêt et vers la Floresta nacional do Tapajos, zone ou plusieurs écosystèmes se côtoient. C’est idéal, sur cette surface limitée, plusieurs ambiance sont accessibles : village indien, pampa, foret primaire, foret secondaire, rio jauri à la faune abondante (dauphins d’eau douce, caïmans, etc…).
2 heures de piste jusqu’à un village indien ou nous passerons la nuit dans des hamacs. Confort sommaire mais l’accueil est chaleureux. Nuit en hamac, sous les étoiles, dans une famille indienne. Peu de moustiques.
J’accroche de suite avec Jean-Pierre, un sacré type, la quarantaine. Il a débarqué au Pérou en lisant Tintin. Voulant rejoindre le site mythique de Cuzco, il se trompe d’avion à Lima et se retrouve à Iquitos, en Amazonie péruvienne… c’était il y à plus de 20 ans, il n’est jamais revenu… Des son arrivée à Iquitos, il tombe sur le tournage de Kinski de Fitzcarraldo avec les stars de l’époque. Même Mick Jagger passera par là… 3 ans de tournage de fous en pleine forêt ou le réalisateur voudra assassiner son acteur principal…
Lui, Jean-Pierre est chauffeur pendant cette période puis monte sa boite de tourisme sur place, part ensuite au Brésil , monte un truc à Manaus , rencontre sa femme Brésilienne à Santarem et monte son agence sur place. Tout en participant au tournage d’Anaconda (Jennifer Lopez bonne comme le pain) et de Médecine man avec Sean Connery. Pour boucler ses fins de mois, il vend sur internet des droits à planter de arbres !!! Grosso modo, vous lui versez 10 dollars via la toile et lui, à l’autre bout de la terre, il trouve un coupeur d’arbres reconverti et le paye pour replanter… il pense maintenant proposer aux gens de payer pour jeter des poissons dans l’eau. Il a du pousser la consommation d’ayahuasca, la potion magique des chamanes péruviens, qui d’après lui, nous révélera les secrets des incas. En attendant, il a quand même été kidnappé par une tribu d’Amazonie, puis s’est lié d’amitié avec eux au point que la police fédérale l’appelle quand il faut négocier avec eux après qu’ils aient pris d’assaut, armes à la main, l’aéroport de Santarem.
Enfin, plein plein d´histoires qui sentent bon l’aventure et un personnage attachant. Depuis 2 ans, il s’est séparé (pas officiellement) de sa femme avec qui il continue d´habiter de temps en temps (ils ont un fils de 8 ans). Pepa, sa femme donc, est depuis une année avec un pote suisse de Jean Pierre qui vient de temps en temps voir sa fiancée donc tout en revoyant son vieux pote. Et je me demande si elle me drague pas un petit peu. Et ouais, c’est le Brésil…
22/05 :
Randonnée au petit jour de 5 heures dans la foret, avec d’excellents guides natifs, à la recherche d’arbres immenses et de plantes médicinales puis retour à Alter do chao puis santarem. Je bosserai donc avec ce couple étonnant, ils sont vraiment bons, des bons tarifs, c’est parfait, Santarem est bouclé. On peut aller se jeter quelques caipirihnas avec David sur le port, en parlant de la vie et du boulot. On évoque plein de truc. Ca commence bien, On est déjà copain. Son arrivée à été réussi…
23/05 :
Matinée à fignoler le boulot : hôtels etc… départ en bateau à 16 h…
25/05 :
Dans quelques heures, nous débarquerons à Belem, à l’embouchure de l’Atlantique, après 45 heures de navigation sur le fleuve Amazone depuis Santarem. Ce pays est immense ; vu sur la carte du Brésil, le trajet santarem-Belem ressemble un peu à un trajet Metz-Nancy (50 km) sur la carte de France, un bout de route régionale en somme.
Pourtant, effectuer la liaison en bateau de ligne santarem-Belem, c’est l’équivalent de traverser la France en bateau. Donc vous le savez maintenant, traversez la France en bateau, ca prend 45 heures, soit 2 nuits en hamac sur le bateau régulier Nelio Correia, qui passe son temps à descendre et à remonter le grand fleuve. Un aller-retour par mois depuis la frontière Tatabinga et Belem, à l’embouchure.
Par ici, le fleuve est large de… 40 km. De fréquentes iles parsèment la largeur. On voit donc toujours des terres à l´horizon et jamais les 40 km d’un coup.
Sauf sur le fleuve Tapajos, l’un des principaux affluents de l´Amazone. La, c’est encore une autre impression. J’ai eu du mal à m’imaginer sur une rivière, tant mes repères sont liés à la taille des gros fleuves de l’Amazonie andine : Mamoré, Madre de dios, Beni ne sont que des ruisseaux comparés à la Mère des fleuves (« Amazone » en langage Tupi-guarani).
Au départ de santarem (le 23/05 à 16h 00), je dois l’avouer, le bateau fait peur. La classe hamac, c’est un espace d’acier avec des poutres pour y attacher les deux extrémités de ces lits mobiles. A notre arrivée à bord de l’embarcation, le bateau est déjà presque plein de passagers. Avec difficultés, nous trouvons un espace dans un enchevêtrement incroyable de hamacs de toutes les couleurs. Parfois même, il y à comme deux niveaux, deux étages. David (le responsable du secteur Amérique du Sud de Nomade-Aventure) dormira dans son hamac… sous le hamac d’un Brésilien. Pour ma part, je ne trouverai un espace que près des toilettes, à coté du réfectoire… un peu galère mais bon, au bout du compte, ce sera bien mieux que prévu, à part le réveil à 4h du mat par les pressés du petit déj.
Et pourtant, peu à peu, la vie s’organise, des voisinages se forment et une solidarité apparaît entre les voyageurs (on se garde les bagages, on partage des gâteaux, on joue aux cartes sur le pont, etc…)
Et finalement, le voyage est très agréable. Confiné à l’espace réduit du navire (environ 100 personnes), je suis obligé de m’intégrer à la population brésilienne, loin des clichés de plages et de caipirihna. Plusieurs m’invitent à partager une conversation, il est clair que mon portugais précaire à besoin de s’améliorer.
La vie à bord est organisée : repas identiques (riz /haricots rouges et viande) à heures fixes, par groupe de 20 personnes. Je le vis plus comme un expérience que comme un moyen de transport. 5 toilettes et une douche pour les hommes /idem pour les femmes. Ca semble peu et pourtant, ça reste étonnamment propre. Pour la plupart des passagers (situations modestes), je crois que ce voyage est un peu comme une croisière. Les gens prennent leur douche chaque matin, s´habillent, certaines femmes se maquillent. Malgré le désordre, la chaleur et le manque évident de confort, les gens restent dignes, respectueux, polis. Une fois de plus, je suis admiratif de cette population paisible et souriante.
Les passagers semblent nous avoir adoptés (nous sommes les seuls étrangers avec une voyageuse anglaise). Ils sont très sympas avec nous, nous invitent à partager la table de joueurs de cartes, nous offrent une bière, un gâteau, engagent la conversation.
A mi-chemin, le navire est abordé par des pirogues d’indiens. La tradition veut que les passagers jettent quelques vêtements ou autres bricoles qui seront récupérées pour le village. Je jette moi aussi mon tee-shirt « Nike ». De suite, les passagers m’offrent des crevettes, des cœurs de palmier (succulent) et du cacao que certains indiens vendent (pirogues accrochées au bateau). Quelques pirogues (les resquilleurs du coin) feront le trajet jusqu’à Belem. Le capitaine s’en fout et pourquoi s’en ferait il, hein ?
Plus tard, le deuxième jour, le fleuve se rétrécit. A bâbord se profile notre prochaine étape, l’île de Marajo, la plus grande île fluviale au monde (taille de la Suisse…).
Nous allons maintenant entamer la partie plus délicate de cette reconnaissance : Marajo, Sao Luis puis le désert du Lencois. Un autre monde. Non amazonien. Autant d’endroits qui me sont inconnus et qui semblent difficiles d’accès. On verra bien. Nous arriverons à Belem dans une heure. Alongé dans mon hamac, une gamine me regarde écrire. Je me sens brésilien. Tudo bem. La vie est parfois réellement sympa.
PARTIE 2 :
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Belem est une énorme ville presque à l’embouchure de l’Atlantique. Il reste encore une centaine de km avant les vagues de l´océan. Chaleur moite, ambiance portuaire. Notre chauffeur de taxi manque de renverser un cycliste et son enfant. Mauvais présage. Ici, la vie à l’air plus speed…
Nous rejoignons directement l’hôtel Massilia, tenu par un marseillais, Franck. Une douche, puis un vrai repas dans un restau du coin puis nous entamons notre reco de la ville :
Le vieux quartier s’articule autour du port et du castelo (le fort). Grandes battisses coloniales aux couleurs vives (jaunes, bleues) qui témoignent d’un passé glorieux et financé par les géants du caoutchouc. La ville me plait mais nous n’avons que peu de temps. Des le lendemain, nous devons partir pour l’ile de marajo. Juste le temps de faire des courses dans les docks rénovés (habile mélange de traditions et de modernité) ou se succèdent de beaux magasins et des restaurants. Un groupe folklorique se produit sur le quai. Spectacle formidable qui attire les badauds dont nous faisons partie. Le voyage en bateau nous à fatigue, nous hésitons à sortir « sentir » la ville…
Nous ne regretterons pas ! nous nous retrouvons dans un incroyable bar, somptueux, aux jardins romains, deux chanteuses connues de la région se produisent sur une petite scène, le bar est plein à craqué, les gens sont incroyablement élégants, nous sommes les deux seuls ploucs de cette soirée, la caipirhina coule à flot depuis cet immense bar en ferraille de début du siècle duquel se degage la fraicheur de montagne de glaçons empilés. Jamais je n’ai vu un bar aussi élégant ! Les filles sont vraiment, vraiment superbes. Elles n’avaient pas besoin d’être aussi élégantes, c’est indécent. De manière surprenante, le bar se vide à notre insu vers 1 ou 2 heures du matin (c’est dimanche). Sans nous en rendre compte, nous nous retrouvons seuls, saouls de musique, de vision de sirènes et de sons Brésiliens et d’un peu de caipirihna. Pour marquer cette soirée irréelle, nous ouvrons le champagne à l’hôtel. Ce sera le verre de trop. Ça faisait longtemps que je n’avais pas été malade…
26/05/03 : lundi.
Rendez vous difficile mais obligatoire car j’ai un rendez vous avec Patrick Barbier un français qui à monte son agence Amazon Star ici, il y à déjà 20 ans. Lui et son pote Franck, n’ont pas vraiment l’air malheureux… Puis départ immédiat pour Marajo après avoir avale quelques gâteaux. 2h30 de bateau. Des l’arrivée sur l’ile, nous sommes saisis tous deux par l’ambiance spéciale de ce bout du monde. Vaste comme la suisse, cette ile n’est habitée que sur ces bords, l’intérieur étant plus ou moins inexplorée, inondée une partie de l’année. La population (une 20aine de villages de quelques milliers d´habitants) vit essentiellement de la pêche, d’agriculture et d’élevages (buffles) dans de grandes fazendas installées un peu plus à intérieur des terres.
Nous empruntons en bus l´une des rares routes de l’ile, qui doit nous mener à la capitale de Soure. En chemin, nous croisons quelques véhicules mais aussi des charrettes tirées par des buffles et quelques cavaliers Brésiliens. Far west Brésilien !
Cette ile, pour laquelle la phrase cliché « le temps semble s’être arrêté » prend un véritable sens, à une allure paisible, campagnarde, coincée entre les immensités de l’Amazonie et de l’Atlantique. Un bout du monde au riche folklore. Le soir même, après avoir dégusté une soupe aux crabes et un steak de buffalo dans une bicoque « paisible pareil », nous nous arrêterons pour admirer une répétition d’un groupe local. Une centaine de danseurs dans un petit stade de foot répétant de multiples danses rythmées. Génial, vraiment génial cet endroit. Nous passons la nuit dans une pousada au bord d’un fleuve. Nous sommes les seuls clients et le couple de gérant, Lima et dona luza, nous reçoivent admirablement.
27/05 :
Lever matinal. Lima à la ferme intention de nous faire découvrir les alentours. Superbes plages de Pesqueiro au nord, quelques fazendas avant de nous emmener au croisement d’une route et d’un rio. Une pirogue doit nous acheminer à la fazenda do carmo, à l’intérieur des terres. Rio étroit et trajet court au cours duquel nous aurons tt de même l’occasion de croiser de nombreuses espèces d’oiseaux. La fazanda, sur deux étages, est magnifique. Rarement je n’ai vu aussi belle battisse. Voilà la maison de mes rêves, sérieusement. La lumière est fantastique et donne lieu à de beaux cliches de l’endroit.
C’est bien ici que nous emmènerons nos groupes. Ça fait penser à Out of africa. Une Brésilienne s’occupe du service. Cafezhino servi sur la terrasse, mobilier d’époque, vent frais, tout est parfait… nous partons rapidement pour une excursion à cheval dans la pampa ou broutent tranquillement buffles et bœufs, troubles simplement par le vol de myriades d’oiseaux ; les chevaux sont habitues à des cavaliers expérimentes. Jamais je n’ai galope aussi vite, on est comme des gosses…
En pleine nature, des buffles, des d]oiseaux, au loin la foret, des rios qu’il faut traverser. Ben on est bien content d’être la, avec l’ami David. On se régale…
Pourtant, à notre retour à la fazenda, on se rend vite compte que l’on à un peu exagéré… nos fesses sont ouvertes à vif, du fait des frottements… (on galérera pendant une semaine…). Plus tard le soir, excursion nocturne dans les rios, histoire d’aller voir la faune locale (caïmans, serpents, etc…).
28/05 :
Lever matinal une fois de plus. Dommage que nous n’ayons plus de temps, j’ai l’impression de courir un peu trop et de ne pas toujours profite de ce que l’on vit.
Excursion dans les igapores du coin. Un des indiens guide nous fera une démonstration impressionnante : il grimpe sur un palmier d’au moins 20 m, grâce à une petite « corde » faite de feuilles de palmier. Retour à la force des bras (on rame…) jusqu’à la fazenda. Puis retour à la route puis on réussi à avoir le bateau pour Belem (a 5 mn près). On passe prendre nos sacs à l’hôtel massilia puis départ direct, par le bus de nuit pour Sao Luis, à 12 heures de Belem…mais bon, Marajo est bouclée… je reviendrais à Belem pour les hôtels etc…
29/05 :
Arrivée à Belem vers 9h du matin, après une bien mauvaise nuit dans le bus (les fesses défoncées)… on appelle Yannick, un copain de David, qui vit à Sao Luis… il vient nous chercher au terminal de bus. Pendant ce temps, on traine au centre de renseignements du terminal. Ils ont absolument tout ce dont j’ai besoin : téléphones des transporteurs, des guides, des hôtels etc… ca commence bien Sao Luis…
L’après-midi, après avoir profite de la piscine de Yannick et Paula, visite en ville. Je suis enchante par le centre historique de Sao Luis. L’une des plus belles villes que j’ai vu. Vraiment. Mais bon je continuerais demain mon récit , y en à marre et le morceau à venir vaut le coup : le Lencois Marahenses, franchement à classer dans le top 10 des paysages sud américains ! et puis on s’est tape une traversée héroïque de l’ensemble du désert. Ça s’est termine à la lampe frontale, en vrac complet, rôtis par le soleil, affames, comme dans les films, mais bon, on l’a boucle cette reco ! allez, demain, je me fais le Lencois. Putain de désert ! qui à dit que le tourisme, c’était des vacances…
Sao luis est une ville de taille moyenne construite par les français à l’époque de louis 14. les français furent rapidement chasses par les portugais. Puis les hollandais occupèrent la ville quelques années. Le résultat de cette histoire mouvementée est une ville à l’architecture étonnante, mis à valeur par une restauration récente des façades. Aujourd’hui, le centre historique vaut la peine d’être visité. Ça ressemble aux photos de Salvador, avec une touche de Lisbonne.
Façades colorées, grandes bâtisses aux hautes fenêtres, enchevêtrement de petites ruelles, qui aboutissent parfois à une improbable place ou fontaine, ou sur des azulejos bleu clair. Le soir, la ville est particulièrement animée. Différents groupes se constituent dans les rues, dansent, jouent de la musique et en particulier le reggae car Sao Luis est devenue la capitale brésilienne du reggae. De nombreux groupes Brésiliens ont pris le relais de Bob l’éternel.
Le soir, soirée à fumer des pétards au bord de la piscine avec Paula et Yannick. Ben ouais, c’est reggae ici…
30/05 : survol Lencois –nuit à Mocambu
la veille, on à un peu merde. Un peu crevés, on à pas pris la peine de préparer notre départ vers Bareirihnas, porte d’accès au Lencois (drap en portugais)…
Nous voilà au terminal de bus à 9h00, tous les vans et bus sont déjà partis, il nous faut attendre 14h pour le prochain bus. Grosso modo la journée est fichue. En plus, impossible la veille à Sao luis de mettre la main sur un quelconque spécialiste du Lencois. Les guides touristiques abordent timidement le sujet en parlant d´une traversée possible pour « aventuriers aguerris » en 24h de marche effective, paraît il…
Et ici, les agences ne semblent pas en savoir plus. La règle du réceptif, c’est d’aller à la source, donc on va y aller et sur place, j’imagine que tout deviendra plus clair.
David veut absolument s’offrir un plaisir, le survol du Lencois… ca m’intéresse bien sur mais je pensais le faire avec Julie qui arrive bientôt…
Il appelle un peu partout et finalement, nous négocions un départ immédiat, en avionnette privée, au prix « agents de voyage » de 200 usd. C’est parti, direction aéroport local et décollage dans un minuscule coucou pour 3 passagers maximum. Ca vaut la peine : le Lencois est un désert de dunes de sable d’environ 80 km de long et 30 km de large, en bordure de l’Atlantique et ceinturé de foret tropicale. Le contraste vert, jaune est saisissant.
Puis, rapidement, nous survolons le milieu de ce désert. Nos appareils photos mitraillent la zone, c’est de mieux en mieux. Le contour des dunes (collines de sable de quelques dizaine de mètres de hauteur) est dessinée par d’énormes piscines d’eau limpide. Les pluies tropicales tombent ici comme ailleurs et sont emprisonnées autour de ces dunes. La couleur aussi du vert au bleu, et les teintes différent d’une lagune à une autre. Les lagunes sont souvent assez petites (environ 60 m de long, 30 de large) parfois beaucoup plus grandes. à classer dans le top ten des sites sud-américains. Je suis impressionne, c’est impensable que ce site naturel soit à peine connu. C’est superbe, unique au monde (un désert de dunes avec des lagunes d’eau douce !), en bordure de la foret tropicale et de l’Atlantique !!!
Des notre arrivée à Bareihinas (village au bord du désert), nous nous organisons : visite de quelques pousadas , prise de contact, et coup chanceux, nous rencontrons GPSman, un jeune Brésilien, guide depuis 15 ans dans la zone. L’un des rares à effectuer la traversée du Lencois. Son surnom : maduro, un mulato sympa du coin. Nous lui faisons part de notre projet de reconnaître la zone, d’y organiser peut être une randonnée et du peu de temps dont nous disposons. Nous voulons partir de suite car notre temps est compte. Être de retour demain soir ? ouais, c’est possible, d’après maduro, il ne l’a jamais fait mais c’est possible. Il est déjà tard et nous ne pouvons nous aventurer maintenant sur le Lencois. Nous le traverserons en entier demain. OK , c’est parti. On part acheter des gâteaux, quelques fruits, une bouteille d’eau (l’eau de pluie des lagunes est parfaitement limpide donc potable) et un 4x4 nous emmène à l’autre bout du désert, au village de Mocambo.
2 heures de 4x4 ou la connaissance du terrain est indispensable au chauffeur. On traverse des similis marécages, on pourrait se planter facilement mais notre chauffeur connaît son affaire. Sans douter, il s’enfonce dans les rios, la glaise, et ca passe sans problème. Nous sommes dans le pick up à l’arrière, heureux comme des gosses. Ici, ca transpire l’aventure… soirée délicieuse dans la famille de Dona Macu ( ?), famille humble du hameau de Mocambo (8 familles vivent la, loin de tout). Nous dormirons dans la pièce principale de la demeure, dans des hamacs après un repas simple mais copieux. On discute de l’Arabie Saoudite et de plein de choses, je crois qu’ils sont contents de recevoir de la visite car ils viennent discuter avec nous une bonne partie de la soirée. On se sent incroyablement bien accueilli. Avec David, on à la banane sur le visage. Tout roule…
Et plus tard, l’ami Maduro roule un gros pétard et s’enfile la moitie d’une petite bouteille de cachaca. Un sacre loustic celui la, j’espère qu’il va pas nous perdre sur le Lencois…
31/05 : traversée Lencois…
Lever à 5h30. le jour commence doucement à se lever. Départ à 6h00. ca commence par un passage de rivière. C’est l’aventure, il faut parfois s’enfoncer jusqu’au cou, le sac au dessus des épaules. Puis nous arrivons sur les dunes. C’est fantastique, c’est comme le Sahara, pareil mais entre les dunes, il y à des lagunes magnifiques d’eau douce. Site paradisiaque, de cliches pour pub de soda… l’atmosphère est lourde, ciel d’orage qui confère au lieu d’étonnantes couleurs et lumières. On se régale, on mitraille de photos…
Enfin, grosso modo, vous m’avez compris, c’est depuis mon arrivée au Brésil le truc le plus mémorable que j’ai pu faire. Le site est vraiment unique.
4 heures plus tard, nous arrivons à Baixa grande, sorte d’oasis de ls km carré au milieu du désert : une rivière, des arbres, quelques cabanes. Il s’agit d’une halte pour les pêcheurs qui viennent de villages comme celui de Mocambo. Ils traversent le Lencois dans sa largeur puis s’installe pour une semaine ou deux en bordure de mer pour la pêche. Ils reviennent ensuite vende leur produit au marche. Et leur site, ils ont donc aces à des poissons d’eau douce et à des poissons de mer. Le plan est de se servir de Baixa grande comme d’une étape du soir pour notre possible randonnée de deux jours. Et les groupes passeraient la nuit ici, dans les maisons de pêcheurs de baixa grande, dans des hamacs. Ce serait top !
Mais nous poursuivons notre route alors que le soleil commence à devenir de plus en plus lourd. Quelques baignades dans les lagunes s’imposent. Une heure plus tard, nous arrivons en bordure de l’Atlantique. D’un cote les lagunes et le désert, de l’autre, l’immense océan. Pas mal, non ? maduro n’arrête pas de fumer des pétards, il est à fond celui la… on participe un peu mais sans exagérer, l’effort physique est considérable.
Nous nous arrêtons dans une cabane de pêcheurs ou nous sommes reçus avec amabilité. Vraiment sympas ces Brésiliens. On essaye de partager leur repas, vraiment on essaye. Il y à un pot de farine de manioc en gros morceaux et du poisson salé, fumé. Soyons clair, c’est absolument infâme, il nous faut tremper le poisson dans de l’eau pour enlever un peu de sel. Je me force car la route est encore longue…
Nous repartons et heure après heure, ca devient de plus en plus long. Dans ce sable et avec ce soleil, on avance pas si vite que cela… le GPS indique 4 km/h de moyenne, il reste encore 24 km à longer la mer jusqu’au premier bled, Atins.
Enfin, à 20h30, nous arrivons rôtis, cuits, morts, affames, au bord des crampes, les pieds qui commencent à gonfler (chaque 15 mn grosso modo, il nous fallait passer un gue et donc tremper les pieds, à force, ca devient mauvais) et les sandales ont pas forcement adaptées à de longues marches. Mais bon, franchement heureux !
Nous sommes accueillis par Luisa, dans un petit hameau de quelques maisons, à quelques km d’Atins. Nous n’en pouvons plus, nous dormirons dans des hamacs ici. On verra bien demain. David s’affale sans attendre dans le premier hamac et ronfle en 2 mn. Roti je vous dis.
Oui crevé, mais carrément heureux, cette journée fut incroyable. Et Luisa m’apporte de succulentes gambas grillées et du riz. Delicieux ! Puis au lit…
01/06 :
Lever à 7h00, petit trajet en 4x4 jusqu’à Atins. Je suis bien fatigue de la veille mais il me faut boucler le coin, prendre des photos, négocier des hôtels, voir la zone. Je me force un peu. Mais bon, faut pas exagérer, ce n’est pas trop dur quand même vu la beauté de la région. Nous descendons à bord d’un petit bateau à moteur le rio Pregincas, en direction de Bareirihnas, d’où nous prendrons un bus pour Sao Luis. David à un avion… demain à 4h00 du matin… faut pas se louper.
Le long de cette rivière, nous nous arrêtons sur plusieurs sites : Cabure, hameau de cabanes avec d’un coté la mer, l’autre la rivière d’eau douce. Baignade au choix ! quelques pousada ou je devrais envoyer les futurs groupes. Puis les arrêts au phare de Mandacaru, Vassouras etc… jusqu’au village de Bareirhinas.
A noter tout de même que toute cette organisation fut possible grâce à la gentillesse et à la confiance des brésiliens. Car le coût de l’avion prive, non prévu au départ, nous bouffa le budget et nous n’avions pas assez d’argent ni pour le 4X4, ni pour le bateau, ni pour le guide. Donc un gérant d’une pousada de barreirhimas ou nous avons rencontre Maduro nous avance l’argent. à Atins, on s’est procure un bateau sans un sou, en assurant que Joubert (le gars de la pousada) le paiera plus tard. Nous n’avions même pas assez d’argent pour le bus retour à Sao luis (que l’on à attrapé à 5 mn près…). J’ai propose mon appareil photo en gage au chauffeur. Et il l’a même pas pris, tant ces gars ont confiance.
Ou alors, j’ai une bonne tête de gars honnête.
Enfin, sieste bien méritée dans le bus, un gars nous attend à Sao Luis pour récupérer l’argent emprunte (pas fou quand même les brésiliens…) et nous voilà chez Yannick et Paula. Soirée bien sympa à fumer un gros pétard. Ça fait du bien !
02/06 :
David est parti cette nuit. Je suis content. On à très bien bossé (un peu trop sûrement) et on s’est fait plaisir. Le principal est obtenu : on aura un circuit chez nomades pour 2004 et un gros circuit. Nous sommes maintenant parti sur un truc énorme depuis Manaus, descente de l’Amazone puis Marajo, Belem, sao luis, alcantara, 2 jours au Lencois (plus soft que ce que ns avons fait), puis on pousse jusqu’à Fortaleza en passant par Jericoacoara et le delta Das Americas à Parnaiba. Beau programme alléchant. Ça va marcher !
et rendez vous est pris pour septembre, pour une reco commune dans le Pantanal. Et on s’est promis, pour cette fois, de se garder quelques jours de repos.
C’est bon c’est bon, tout ca… Terra Brésil est bien parti…
Journée devant l’ordinateur à taper ce texte et à regarder des infos sur internet. Je ne suis pas sorti de la maison. On se sent bien chez nos amis français. Le soir, petit resto avec Yannick. Vraiment sympa.
Lundi 2 juin
Me voilà confortablement installe chez Yannick (français) et Paula (portugaise), qui devrait accoucher d’ici une dizaine de jours. Yannick est directeur de l’Alliance française à Sao luis. La maison va avec : piscine, 3 domestiques, en gros, ca va.
Ce sont des amis à David, parti ce matin pour la France, et risquent bien de devenir mes amis aussi. Super sympas et bien intéressants après des expériences en Chine et en Inde. Ils m’ont propose de revenir quelques jours chez eux à mon retour ici dans une semaine. Je pense partir chercher Julie à Belem (départ demain soir en bus), donc rebrousser chemin, terminer mon boulot à Belem et à Algodaol (une ile au nord de Belem) avant de revenir ici pour boucler la région (alcantara et les contacts ici) avant de poursuivre ma route vers Fortaleza et dans tout le Nordeste jusqu’a Salvador. Et de prendre aussi quelques jours de repos tant je commence à fatiguer après 3 semaines à courir sans interruption.
Une nouvelle page de mon « livre » brésilien se tourne donc aujourd’hui après ces deux semaines en compagnie de David, responsable AMSud de l’agence Nomade. Deux semaines folles menées tambours battants. D’où ce silence radio internet, nous avons eu à peine le temps de nous arrêter pour pisser…
Et une impression paradoxale ou se mélangent des sentiments extrêmement optimistes et des soucis sérieux.
Deux soirées à discuter avec Yannick et Paula ont suffi à ébranler mon enthousiasme. Tout d’abord leur regard critique sur un Brésil violent, dangereux, un peu raciste et difficile ou l’on retrouve les travers habituels de l’Amérique du sud : difficultés de travailler avec des brésiliens trop « légers », incertains et parfois inconsistants, la corruption, et un fond d´individualisme derrière une façade festive. Regard certainement du en partie, je crois, à leur position d’expatriés de l’administration française.
En tous les cas, je reste à l’écoute de leurs commentaires expérimentes tout en m’efforçant de croire avant tout ce que je vois. Et jusqu’à présent, tout ce que j’ai vécu ici m’invite au contraire à voir en ce pays une terre d’avenir, au fort potentiel avec un peuple gai, rieur et volontaire. Propre regard entièrement justifie je crois, car j’ai certainement passe l’age de l’enthousiasme naïf pour tout et n’importe quoi. On verra. Je reste sur mes gardes, la vérité devant se trouver au milieu de ces deux approches.
L’autre crainte, qui me mine plus sérieusement, ce sont les difficultés promises pour l’obtention de la résidence brésilienne, sésame à la constitution d’une société. Au point même d’envisager un changement de programme et de rejoindre plus rapidement Rio, histoire d’éclaircir la situation. Maintenant que David est parti avec à la clé, un beau contrat « Nomade » en poche, je peux reprendre ma route vers l’essentiel qui semble passer par les bureaux de l’administration brésilienne à Rio ou São Paulo. J’ai demande à Manu (mon pote à Paraty) de me rassurer, ce qu’il à fait par email sans me donner toutefois une solution concrète. Je vais l’appeler des que possible. J’ai besoin de savoir. Je ne cache pas mon inquiétude… on verra… « rien n’est sur mais tout est possible » en Amérique du sud non ? le Brésil ferait t il exception à la règle du continent ?
Inquiétude aggravée par le fait que je me sens maintenant complètement lancé dans l’aventure et que je ne m’imagine pas faire marche arrière. Mais vraiment pas tant ce pays me fascine plus de jours en jour, en dépit des critiques de Yannick et de Paula.
Mes deux dernières semaines ont été pleines de bonnes surprises, de contacts sérieux ou je me dis que vraiment on peut monter assez vite une agence qui cartonne. J’y crois à fond, ce pays regorge de sites fabuleux, de contrastes incroyables d’une région à l’autre, d’un folklore peut-être plus riche et coloré que dans les Andes. Et quand je regarde les circuits Brésil dans les brochures touristiques françaises (même celles des « spécialistes » hors sentiers battus), c’est fou comme ce terrain de jeu est à peine exploite.
Tout semble organisé ici, bien structure et personne ne nous à attendu pour faire de l’écotourisme ou du tourisme d’aventures etc… Il existe une multitude d’agences carrément importantes et sérieuses ici. Bien plus que je ne le pensais, moi quoi partait avec l’idée de lancer la grande randonnée au brésil. J’étais pas né qu’ils campaient déjà dans la Chapada Diamantina et vers Petropolis. Mais leur programme sont destinés essentiellement à l’énorme marché carioca (Rio) et Paulista (Sao Paulo) (comme en France ou les premiers touristes sont les français eux-mêmes). Pour le reste, ma foi, il suffirait de convaincre les spécialistes de l’aventure en Europe, photos et programmes à l’appui, d’y ajouter des modifications pour s’adapter à la clientèle européenne, et oui, la je crois que l’on pourrait faire un gros coup.
Malgré les doutes naturels lies au lancement encore frais de l’affaire, je suis très confiant. Vraiment, j’y crois, plus que lors de mon arrivée à La Paz. Ma principale crainte : les papiers…
